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J’attendais la torture d’un moment à l’autre, mais à la place, j’ai eu droit à un baisemain, suivi d’une caresse sur ma main avec son pouce. Ce n’était pas du tout pervers comme geste, juste… affectueux. Et quand j’ai fini par lui demander quand j’allais me faire torturer, il a tout simplement eu l’air scandalisé. Pourquoi Jasna m’a-t-elle parlé de torture alors? Parti comme c’est là, j’ai plus de chances de me faire courtiser que de me faire torturer.
Fenril s’est rendu compte assez vite que je n’allais pas bien. Je ne voyais aucune raison de lui cacher ce fait, alors je lui ai avoué mon amnésie. Il avait l’air de fonder beaucoup d’espoir sur nos retrouvailles, donc il a dû être très déçu. Il a eu un léger regain d’espoir quand j’ai dit son nom, mais dès que je lui ai avoué que je le connaissais seulement parce qu’on me l’avait dit, j’ai vu de la déception dans ses yeux. Il avait l’air si gentil que je m’en voulais de lui faire de la peine, même si ce n’était pas volontaire.
Il était sans doute l’une des trois personnes qui me connaissaient le plus, alors j’en ai profité pour lui poser quelques questions. J’en avais après les vampires depuis 130 ans (il supposait que j’avais l’âge de la raison quand tout avait commencé et donc que j’étais âgée d’environ 150 ans). Ils m’avaient pris quelque chose de très précieux, mais je n’avais jamais voulu lui dire quoi.
Je le connaissais depuis deux ans. J’étais à la recherche d’un ami quand j’étais tombée sur son père et lui, qui étaient enfermés. Je les avais libérés et, étant très blessée, j’avais séjourné chez eux. C’était la seule fois où j’y étais restée, mais j’y étais restée assez longtemps. Ma chambre était d’ailleurs toujours à ma disposition.
Quant à mon collier, Fenril en avait un pareil et il ne savait pas comment j’avais eu le mien. Il suspectait son père, qui était un vieil homme qui espérait… Pour lui faire plaisir, j’ai accepté d’échanger nos deux colliers. Je me demande si j’ai fait quelque chose pour justifier cet espoir de sa part et de la part de son père… J’espère seulement que je ne l’ai pas délibérément induit en erreur.
Fenril avait reçu des instructions afin de m’amener là où je devais aller. Un ami à lui était venu le voir, accompagné d’une femme aux cheveux de trois couleurs. Quand je lui ai dit que cette femme était celle qui m’avait accompagnée jusqu’ici et qu’elle était une vampire, je crois qu’il a eu un choc aussi grand que quand j’ai dit que les vampires avec qui je me trouvais étaient très sympathiques. Mais qu’est-ce qu’ils ont bien pu me prendre pour que je les déteste à ce point-là?
Il allait faire préparer les chevaux, mais si je le désirais, je pourrais le suivre. Il était tellement plein d’espoir, que je n’aurais pas été étonnée s’il m’avait suppliée à genoux. Avec son statut, il pourrait mettre à ma disposition des médecins. Là où il devait m’emmener et chez lui étaient dans deux directions opposées, alors je devais me décider. La proposition était très tentante. D’un côté, il y avait un homme beau, riche, charmant, gentil et totalement dévoué envers moi et de l’autre, il y avait Merlin et Clément, deux amis qui avaient subi beaucoup de merde à cause de moi, et une bande de crétins aux bonnes intentions.
Ma vie serait beaucoup plus simple si j’acceptais de le suivre, mais je ne pouvais pas abandonner mes amis. Ils en avaient trop bavé à cause de moi, alors je leur devais bien de retourner vers eux. Ma décision le décevait, mais il était heureux que je n’ais pas changé, malgré mon amnésie. Il m’avait dit un peu plus tôt que j’étais très fidèle et honorable. Mais est-ce que c’était mon côté fidèle et honorable qui me poussait à le quitter ou mon côté crétin? Comment est-ce que je pouvais dire non à un homme comme ça? Peut-être tout simplement parce que je savais que même si je voulais échapper à mon passé, je ne le pourrais pas. Kadaj avait raison : j’ai une personnalité très (trop) feu : un instant je dis que j’hésite à retrouver ma mémoire et le suivant, je songe à le faire. J’espère que je ne suis pas en train de me planter…
Le temps que les chevaux soient prêts, Fenril a fait monter une collation. Pendant que je mangeais, je lui ai demandé de me parler de lui. Il était noble et vivait avec son père. Sa mère était morte peu après sa naissance (son père était l’humain). Il faisait le commerce de fourrure. Quand il était parti à la recherche de son côté elfique, il s’était mis à chercher des moyens plus humains de tuer les animaux. Il se battait également pour l’égalité et l’acceptation des demi-elfes. Est-ce que c’est moi ou il est trop parfait?
Il m’a appris un autre fait sur moi : j’étais catholique. Je lui avais dit que c’était la seule chose qui repoussait les vampires. Je me demande si j’étais croyante au point d’en être fanatique… Si c’est le cas, ça risque de ne pas être beau quand je retrouverai ma mémoire…
Quand j’avais quitté sa demeure après ma convalescence, nous avions commencé à communiquer par code (il m’a expliqué comment). Alors quand il savait que je devais être dans telle ville, il s’arrangeait pour y être. Je l’avais malgré tout toujours tenu à l’écart. Il pensait que je ne faisais pas assez confiance à ses capacités, ou que je ne faisais pas assez confiance à mes capacités de femme. Alors je l’aurais repoussé parce que je doutais de son habileté au combat et/ou parce que je doutais d’être assez femme pour pouvoir le rendre heureux? Peut-être aussi que je l’avais repoussé parce que je cherchais simplement à le protéger? J’aimerais être fixée…
Avant notre départ, il m’a fait cadeau d’une magnifique cape. Ce n’était pas grand-chose pour lui, mais c’était énorme pour moi. Je n’étais pas certaine de mériter un tel cadeau. Il m’a tendu son bras, que j’ai accepté, et nous sommes sortis. Mes capacités à monter à cheval étant très déficientes (cadeau de mon amnésie?), nous sommes grimpés sur le même cheval, un deuxième étant attaché au nôtre. Je n’étais pas particulièrement pressée de m’en retourner, alors nous avons effectuée le trajet au trot.
Plusieurs heures plus tard, nous arrivions en vue du manoir, dont la cour était remplie de gens. Bizarre… Fenril ne pouvait pas aller plus loin alors il est grimpé sur le deuxième cheval. Il me faisait cadeau du premier. Mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter tant de gentillesse? Il m’adore visiblement, il continue à m’adorer quoi qu’il se passe et moi je le repousse… Nous nous sommes dit au revoir et il est parti. S’il vous plaît, faites attention à vous…
Dans la cour, j’ai encore été confondue avec Margaret. J’ai réussi à maintenir l’illusion et je me suis dépêchée de confier mon cheval à un palefrenier pour pouvoir rentrer avant qu’on ne se rende compte de la supercherie.
La véritable Margaret se trouvait dans le hall de téléportation. Je n’avais jamais eu l’occasion de discuter avec elle, alors c’était maintenant ou jamais. Elle m’a appris que son clan et celui d’Astasie partaient.
Elle ignorait pourquoi je lui ressemblais, mais elle avait entendu parler de moi. J’avais été vue chez Dracula après sa mort, mais elle ne savait pas si j’y avais été avant. Elle m’a fait une mise en garde : si j’avais utilisé notre ressemblance pour faire du mal, elle n’hésiterait pas à me tuer. À ma place, elle voudrait savoir pourquoi. En gros, ça voulait dire : si tu as utilisé notre ressemblance pour foutre de la merde, je vais te péter la gueule. Juste pour cette phrase, oui, j’ai soudainement très envie de retrouver ma mémoire.
Elle m’a suggéré de chercher du côté des manipulateurs qui m’entouraient. J’ai tout de suite cru qu’elle faisait référence à Kadaj. Mais pourquoi tout le monde le déteste et le traite de manipulateur? Je peux peut-être avoir une vague idée du pourquoi, mais pourquoi tout le monde? Selon Margaret, il n’y avait pas de coïncidence. Alors ça ne serait pas un hasard qu’il soit gentil avec moi? Mais il a déjà obtenu ce qu’il voulait alors pourquoi continuerait-il à l’être…?
Après le départ de Margaret, j’ai apperçu Marié. Elle m’a confirmé que les clans partaient et qu’elle aussi, mais ça ne lui plaisait pas. Elle m’a appris que Reno avait eu un malaise. Dès que j’aurais fini de parler avec elle, j’irais prendre de ses nouvelles.
J’ai demandé à Marié pourquoi tout le monde détestait Kadaj. Elle m’a amenée à la bibliothèque et m’a sorti le livre sur l’histoire du clan. Elle m’a dit de lire à partir de la page 809 et d’en tirer mes propres conclusions. Puis, elle a fait une face. Quoi? Quoi? Qu’est-ce que j’ai fait? Après elle a commencé à me lancer pleins de sous-entendus pas subtils sur les vampires aux cheveux noirs (aka Émeric) :
-ils n’ont pas de libido alors ça va être à moi de faire tout le travail
-ils sont beaux en chest
-elle ne parlait pas de mariage, mais juste d’une aventure d’un soir
Mais… pourquoi vous me dites tout ça? Je ne veux pas avoir d’aventure avec personne… Et pourquoi vous insistez sur Émeric? Elle a dit un truc comme quoi j’avais peut-être été une autoroute, mais que je ne m’en souvenais plus et que j’étais retournée à l’étape de la virginité effarouchée. Quoi…? Mais c’est quoi une autoroute? Non, je ne vais pas poser la question, je ne veux pas que vous me répondiez. Peu importe que j’ais été ce que vous croyez que j’ai été, je ne vais pas avoir d’aventure, que ce soit d’un soir ou pas, avec qui que ce soit. Et pourquoi encore vous insistez sur Émeric? Je crois que je préfère ne pas poser cette question-là non plus…

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