Ils ont dit que des gens me cherchaient. Pas seulement eux : une vingtaine de personnes avec des gens sous eux me cherchaient. Alors vous pensez que je suis… un général, j’en étais sûre. Je leur ai dit que je n’étais pas Margaret, mais ils insistaient pour que je les accompagne et que je confirme à ceux qui me cherchaient que je ne l’étais pas. Ils pourraient même me fournir un moyen de transport si je me montrais coopérative.
J’hésitais. Je n’avais pas du tout envie de les accompagner, mais étions-nous en état de lutter? Une pseudo-guerrière, une jeune elfe qui se cachait le visage entre les mains, un archer vraiment pas sûr de lui, un cheval et une vampire inconsciente… Après une profonde réflexion d’environ dix secondes, j’ai décidé de les suivre. Il était d’ailleurs plus que temps que je me décide, parce que l’air bête était en train de perdre patience.
Moi, tout ce que je voulais c’était de préserver les autres, mais le sympathique a décidé qu’il amenait Catherine. Je crois qu’il s’était mis en tête de «l’arranger». Il avait dit que pour rendre quelqu’un comme elle inconsciente, elle devait être brisée. J’ai bien tenté de protester, mais je me suis fait répondre qu’il avait plus de droit sur elle que moi. Euh… parce que c’est un vampire et vous aussi?
Je suis embarquée derrière l’air bête (je ne voulais surtout pas mêler Clément à tout ça) et nous sommes partis au galop et un peu plus loin, nous avons traversé un portail. Nous sommes sortis devant un très beau et très grand manoir. Je n’aime pas ça… Tout a l’air beau et je ne suis pas menacée, mais je n’aime pas ça quand même…
Des serviteurs se sont précipités pour s’occuper de leur maître. J’aurais parié sur le sympathique, mais le maître était l’air bête. Mais où est-ce que j’ai atterri? L’air bête a dit qu’il allait prévenir son père, quand le père en question est descendu, disant à son fils qu’il l’avait senti arriver. Muuu… Je ne veux pas être ici… Un vampire qui habite dans un endroit pareil ne doit pas être n’importe qui et j’ai comme une impression que ça ne serait pas une bonne chose qu’il apprenne que je suis du côté de Reno…
J’ai bien entendu eu droit au regard de «Tiens donc, Margaret est ici?» alors j’ai pris les devants en lui avouant que je n’étais pas elle. J’aurais voulu m’en aller tout de suite, mais le vampire m’a invitée à prendre le thé avec lui. Je pouvais difficilement refuser sans paraître suspecte…
Mais peut-être que je m’inquiétais pour rien… Après tout, il était charmant, courtois, poli et aucunement menaçant. Il m’a promis de me laisser partir dès que Catherine serait remise sur pied, à cause du statu quo qui existait entre les deux clans. Vous parlez du statu quo qui n’existe plus?
Il m’a aussi expliqué qu’il cherchait quelque chose dans les ruines du manoir, pour prouver sa bonne foi à Reno. Et si j’avais été Margaret et qu’il avait pu me ramener… Alors ils ne savent pas que Margaret a été retrouvée? Ne rien dire…
Il s’est excusé de la méprise. Je ne tenais pas à me mettre son fils à dos, alors j’ai dit qu’il s’était très bien conduit. D’ailleurs, je commençais vraiment à trouver sa conduite en présence de son père, mignonne. Il avait vraiment l’air de faire beaucoup d’efforts pour plaire à son père et quand il se faisait reprendre, il rectifiait tout de suite ses gestes.
Astaroth est parti, mais je ne suis pas restée seule avec son père très longtemps : j’ai eu le grand plaisir de revoir Jasna. Super… De tous les invités possibles au monde, il fallait que ça soit elle… Dieu merci, je n’ai pas eu à souffrir sa présence bien longtemps. Il voulait qu’elle s’occupe de Frank. Elle lui a répondu : Bélial, j’ai quelque chose à faire et je reviens bientôt.
Je suis légèrement entrée dans un état second après ça. Le vampire super charmant avec qui je suis en train de prendre le thé est… Bélial? Comme dans Bélial le chef des méchants vampires? L’ennemi de Reno? Au secours… Continuer à faire comme si de rien était… Boire le thé et rester polie… Il faut que je parte d’ici, au plus vite! Je suis tellement morte s’il apprend que les hostilités ont déjà été déclarées…
Et voilà, je suis morte. Dès que j’ai vu le serviteur apporter une lettre à Bélial, j’ai été certaine que mon arrêt de mort venait d’être signé. Comme de fait, la missive l’informait du début des hostilités. J’étais mal à l’aise depuis le début, mais c’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à avoir peur. Bélial ne s’est pas montré hostile. Il est resté tout aussi calme, mais il est devenu… froid et c’était bien pire que s’il s’était mis en colère
Il m’a assuré que sa parole était d’or et qu’il me laisserait partir sans me faire du mal. Tant mieux, parce que s’il décidait de me tuer, je pense que je n’aurais pas beaucoup de moyens de défense à part la supplication. Mais il m’a aussi promis que j’étais la dernière à quitter sa demeure en un seul morceau. Yééé, encore plus tant mieux pour moi…
Il m’a chargé de transmettre un message à Reno : Pour chaque offense, plusieurs souffriront mille morts. Tout à coup, je suis très heureuse d’être tombée sur le clan de Reno en premier, mais en même temps, ça veut dire que je suis dans le même bateau qu’eux contre Bélial, qui était, oh surprise, au courant de mon identité. Dois-je m’en étonner? Comme tous ceux que je rencontre, il en sait plus sur moi que moi-même…
Je crois qu’il trouvait assez amusant que je sois avec le clan de Reno, étant donné ma haine des vampires. C’est à ce moment-ci que je lui dis que je trouve Kadaj sympathique et que je le fais rire? Il a dit quelque chose qui faisait beaucoup de sens : celle que j’étais en ce moment, je l’étais devenue grâce à eux. Je crois qu’il lui tardait de voir ce que ça donnerait quand je retrouverais ma mémoire. Oui, moi aussi. Nous verrons bien le moment venu, n’est-ce pas? J’espère seulement que je n’arrêterai pas de les trouver sympathiques…
Bon. Cette conversation est tout à fait intéressante, mais je voudrais vraiment m’en aller. Alors est-ce que vous pourriez arrêter de parler et juste me laisser partir… s’il vous plaît? J’étais terrorisée rien qu’à me trouver en sa présence. Plus les secondes passaient et plus j’avais peur. La petite Morrigan intérieure s’était sauvée il y a longtemps.
Finalement, il s’est levé et il m’a tendu la main. Je ne tenais pas à le toucher, mais je voulais rester civilisée jusqu’au bout. J’ai donc posé ma main dans la sienne et il m’a tirée vers lui en même temps qu’il me faisait un baisemain. Au secours, il m’a embrassée. Re-au secours, son visage est à deux pouces du mien. Je crois que je suis en état de choc…
J’ai eu un choc encore plus gros quand il m’a… sentie. Mais qu’est-ce qu’il fait…?
-Je me délecte de l’odeur de la peur.
-…
(Aaahh! Mais comment…? D’accord, c’est assez évident à voir que j’ai peur. Mais depuis quand la peur à une odeur?)
-Mon histoire avec Yasmina a pris fin il y a longtemps…
-…
(Une histoire avec Yasmina?)
-…et il y a longtemps que je n’ai pas eu de partenaire aussi enthousiaste.
-Euh…
(Désolée, mais je n’ai pas l’intention d’être une partenaire, encore moins une partenaire enthousiaste.)
-J’espère que vous survivrez à cette guerre parce que quand nous allons nous revoir, nous apprendrons à mieux nous connaître…
(Le sous-entendu intime était difficile à manquer.)
-C’est parce que…
-Sshhh…
Il a mis un doigt sur mes lèvres pour que je me taise.
-Vous n’aviez pas encore compris que votre opinion n’avait aucune importance?
-…
Au secours… Bélial vient carrément de dire qu’il prévoyait de me… Au secours encore… Je crois que je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie… ou en tout cas de mon amnésie. S’il avait le malheur de me faire «bouh», je crois que je tomberais raide morte sur place. C’est juré, dès que je retrouve mon groupe, je saute sur la première personne venue et je lui fais un câlin…
